Flâneries porteñas

Venant du Brésil, ce qui me frappe dès les premiers pas dans les rues porteñas (de Buenos Aires) : la présence des Andins parmi une population largement blanche – quoique sans doute métissée – issue de la colonisation espagnole (XVIe – XVIIIe siècles), puis de l’immigration italienne et espagnole (à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle). Les Andins viennent de la partie montagneuse de l’Argentine, mais beaucoup sont des immigrés paraguyens et boliviens, et dans une moindre mesure chiliens et péruviens. Parmi toutes sortes de professions qu’ils occupent, la plus visible dans la ville est celle de primeurs. J’adore leurs étalages, ils présentent les légumes à la verticale contre le mur comme des tapisseries plein de signes, autant de figures aux géométries et aux couleurs variées qui forment de jolies compositions.

En Argentine, il y a aussi eu une immigration japonaise. Je tombe aussitôt, par hasard, sur l’association des Japonais d’Argentine qu’un écriteau en bois signale discrètement à l’entrée d’un immeuble. Je m’y aventure, j’y découvre une cantine japonaise complètement à l’abri du regard des passants.

Association-japonaise-BA

Le premier Japonais enregistré dans l’histoire argentine serait un esclave connu sous le nom de Francisco Xapón qui aurait obtenu sa liberté en 1597. Mais l’immigration japonaise à proprement parler se déroulera plus tard, au début du XXe siècle. En ville, beaucoup seront fleuristes ou blanchisseurs. Aujourd’hui, la communauté japonaise en Argentine compterait 23 000 descendants.

tokio

J’ai faim. On marche à la recherche d’un café sympathique où prendre le petit déjeuner. Il paraît que Buenos Aires regorge de cafés, que la culture du café y est aussi forte qu’en Europe.

On passe devant La Poesia. Cela sonne bien. On entre. Belle ambiance boisée, dans le calme du matin. Déjà pas mal d’habitués attablés, lisant leurs quotidiens avec leur café et leur medialuna, le croissant local. Paysage familier, j’ai l’impression d’être en Europe, à Paris, à Rome, à Barcelone. Inauguré par le poète Rubén Derlis en 1982, ce café est depuis devenu une institution, à en croire les nombreuses inscriptions, photos, lettres, dessins, accrochés aux murs. Nous, nous commanderons un petit déjeuner complet avec des toasts.

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Qui dit café littéraire, dit livres, dit librairie. Buenos Aires compte en effet de nombreuses librairies, plaque tournante éditoriale de toute l’Amérique latine hispanophone. Je passe aussi devant de nombreux bouquinistes.

bouquinistebouquiniste2

« Ficcion » ? Un pélerinage s’impose alors à la bibliothèque nationale, aujourd’hui désafectée, où Jorge Luis Borges veillait sur les lieux comme un chef d’orchestre composant avec le bruit des pas, des pages que l’on feuillette, des livres que l’on pose sur la table, des chaises qui grincent, des stylos qui grattent. Le moindre bruit résonne dans cette architecture théâtrale et désuète. Fin d’un temps.

bibliotheque-nationale-borges

Le football est aussi très présent dans la ville et ses commerces. Borges serait-il le seul argentin à ne pas aimer ce sport national ? « Le football est populaire parce que la stupidité est populaire »…

Un portrait de Maradona.

maradona

De nombreux immeubles sont en fait de vieilles galeries marchandes dont j’adore les vitres arrondies aux angles ; dans celle-ci, une petite boutique de serrurier comme un trou de serrure dans le passage.

serrurier

Petit arrêt dans le Gran Cafe Tortoni, une autre institution que l’on trouve cette fois dans tous les guides. Les tables sont marbrées comme du gorgonzola. Au Japon, on met des grains de riz dans la salière pour absorber l’humidité ; ici, ce sont des graines de café.

cafe-tortonicafe-sel

La journée se terminera sur une jolie lumière rasante dans le quartier de San Telmo.

santelmo

2 réflexions au sujet de “Flâneries porteñas”

  1. Bonjour Jenny, je decouvre ton blog avec beaucoup d’interet surtout du fait que je me trouve actuellement en Argentine. Felicitations ton blog est tres bien redige et tres interessant, de belles descriptions et des commentaires egalement tout aussi justes. J’ai moi meme fait un periple un peu similaire il y a qq annees: http://www.magellanattitudeblogspot.fr Bonne continuation et Feliz Anno Nuevo!

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    1. Bonjour Yves, et quelle surprise! Merci beaucoup pour ton message et ta lecture! Je vais aller m’aventurer dans ton blog aussi, dont la page d’accueil sous forme de collages est très sympathique! A Buenos Aires, j’ai regretté ne pas avoir eu le temps de voir Mitsuko, mais ce n’est que partie remise j’espère. Je te souhaite une très belle année du singe, tout en souplesse, et un bon séjour en Argentine!

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